sam
23
jan
2010
La narration romanesque et la recherche du temps favorable
Ecrire est une façon extraordinaire de penser le monde autrement, c’est à dire, de le recréer par et à travers le pouvoir des mots et de leurs images métaphoriques, selon la vision de l’écrivain et suivant son style littéraire. Ce qui rend ce monde imaginaire là très personnel, car il n’appartient qu’à la pensée de cet écrivain même. En plus, plonger dans la création littéraire des images fortes et pleines de vie, est une façon de construire des histoires avec une imagination très riche, et créer des relations entre des personnages avec l’esprit d’un psychanalyste qui connaît bien les caractères différents des gens, et de bâtir des champs narratifs avec un œil d’un artiste qui regarde loin des choses.
À propos du roman « Autant dire le bonheur » de Jean-Pierre Quirin
Certes que le genre littéraire qui donne un large espace de liberté pour l’écrivain de traiter toutes ces choses là est le roman.
On peut aller plus loin et dire que le roman est le genre littéraire qui est capable de traiter les caractères humains avec tant de profondeur, et que les romanciers peuvent nous donner à partir de cela des personnages pleins de vie.
Ainsi on trouve que des nouveaux romancier essaient toujours de nous offrir, en tant que lecteurs de ce genre littéraire, des romans qui font éloge de la vie, et qui dit la vie, dit aussi, mais implicitement, la recherche du bonheur qui fuit à chaque moment que l’homme essaie de l’attraper.
Parmi ces romanciers on trouve Jean-Pierre Quirin qui vient de publier cette année là 2009, chez les éditions Mille Poètes LLC, un roman intitulé par ce beau titre « Autant dire le bonheur ».
Ce titre qui se compose de trois mots : « Autant », « Dire » et « Bonheur ». « Autant » signifie « La quantité » et « Dire » signifie « La parole » et « Bonheur » signifie « la joie, la chance.. ».
Naturellement que le titre nous pousse vers cela, mais il nous mène aussi à lire le roman dans sa globalité et à penser à partir de cette lecture même à d’autres choses plus profondes. Ces choses là sont liées bien sûr à la vie des personnages présentés dans le roman avec tant de vivacité.
Lisons ce magnifique poème qui ouvre les portes de ce roman et essayons de pénétrer dans ses sens avec une grande concentration :
« Le matin se promet un beau temps sans partage
Le couvert est dressé sur la nappe à ramages
Un grand oiseau d'acier trace un double sillage
Il est midi sonné au clocher du village
C'est un jour rempli de fleurs
Les jardins alanguis dorment sous leurs ombrages
Les convives repus ont perdu leur courage
Puis font sur le gazon des jeux d'eau et de plage
Dans les premières chaleurs
Un garçon écrasé meurt sous des roues sauvages
Le soleil n'a pas de coeur
Les enfants blonds et bruns s'assemblent et partagent
Ils pataugent tout nus, se poussent sans dommage
Les jolis culs des baigneurs
Ses deux seins arrondis gonflent son blanc corsage
Et tant pis pour la pudeur
Les gamins oublieux ont laissé leurs images
Pour vivre au fond des bois des aventures sages
Qui dérangent la paix d'un con du voisinage
Le racisme, c'est l'horreur
Au coin de l'horizon se précise l'orage
Entre vous comme au ciel s'immisce un lourd nuage
Qui estompe les couleurs
L'insecte prudemment investit le feuillage
Pour y abriter sa peur
Le doute grimaçant débute ses ravages
Une perle d'argent glisse sur son visage
Les trombes de la haine effectuent leurs saccages
En étalant leur hideur
Un ciel bleu délavé vient pour tourner la page
Un sourire hésitant arrête le carnage
Souffle court dans la stupeur
Leurs jeux sont terminés, les moineaux sont en cage
Un lourd sommeil descend sur leurs minois en nage
Oubliée toute fureur
Vous envolez vos corps au deux millième étage
La nuit apaise en vous les douleurs et les rages
Autant dire le bonheur »
À partir de ce poème l’écrivain romancier Jean-Pierre Quirin commence sa narration, mais cette fois en employant bien sûr la prose.
Lisons alors ce commencement pour être tout près de son univers romanesque :
« Depuis que les printemps succédaient aux hivers, il était probable
que jamais le délicat passage d’une saison à une autre ne s’était
effectué avec autant de facilité. On avait pourtant cru pendant de
longues semaines et comme chaque année que terre, végétaux et bêtes
étaient morts, ensevelis sous les débris de l’automne, puis rongés,
digérés par les intempéries glaciales de l’hiver. Même les gens, ainsi
que les appelaient Louisette, notre petite voisine, en abusant de son
accent aveyronais jusqu’à faire sonner le s final, s’étaient repliés sur
eux-mêmes. Mais on aurait pu disserter cent sept ans sur les coutumes
et les appréciations liées au climat. Et l’on ne s’en privait d’ailleurs
pas chez les commerçants du bourg.
Il en est ainsi des sujets qui appellent le cliché. La météorologie
en est un. Les faits et gestes des « gens » également. Que de
paroles prononcées pour rien, avec l’air parfaitement entendu de celui
qui remarque et compare pour ensuite proférer ! Que de portes ouvertes
sur les courants d’air de la mauvaise saison ou la sécheresse de
l’été ! Tour à tour se plaignant de froid en janvier, de la canicule en
juillet, puis regrettant tout aussitôt le climat d’autrefois ! Disant : « Il
n’y a plus de saison », justement au moment ou mars nous gratifie de
ses giboulées ! Ou bien, en plein mois d’avril, râlant de devoir conserver
une petite laine, alors que la sagesse populaire conseille précisément
de ne pas se découvrir d’un fil ! Quant aux « gens », que ne fontils
pas ! Bêtes ou méchants, lâches ou égoïstes, prétentieux ou avides,
ces pauvres représentants de notre espèce qui finalement n’est que
l’addition de nous tous, sont systématiquement et continuellement
chargés de tous les maux. Qu’il est futé celui qui, se rendant compte
qu’il se qualifie lui-même en qualifiant les « gens », évite les adjectifs
péjoratifs ! »
De cette forte façon la narration s’ouvre entièrement, en demandant aux lecteurs de rentrer dans l’univers de ce roman.
Alors n’hésitez pas d’y rentrer !
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- Jean-Pierre Quirin : « Autant dire le bonheur » éd Mille Poètes 2009
Noureddine Mhakkak







